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Amour et sexualité préservée en Ehpad

C'est le sujet tabou dans les maisons de retraite : l’amour et la sexualité entre personnes âgées. Bien souvent provocant la gênant pour les familles et les personnels, des initiatives se développent pour tenter de préserver cette délicate intimité.

L'amour et la sexualité chez les personnes âgées

Marcelle, 67 ans, et Jean-Noël, 70 ans, se sont rencontrés il y a maintenant 5 ans à l’Ahpad Jacques-Brel de Guivapas (Finistère). Comme deux adolescents, les deux amoureux ne se quittent pas de la journée, regards et sourires complices, les mains enlacées du matin au soir. Cela fait déjà 5 ans qu’ils se sont rencontrés, « c’était au moment du repas. On s’est mis à discuter,… et au fil du temps, on est tombés amoureux », nous explique Marcelle. Cette ancienne assistante de maternelle, s’est mariée, a eu des enfants, et un époux qui l’a quittée quand ils sont devenus grands. Jean-Noël était jardinier, lui n’a jamais convolé. Marcelle et Jean-Noël sont entrés très tôt en Ehpad.

Des bisous volés, des parties de dominos enfiévrés, de longues balades quotidiennes autour de la résidence Jacques-Brel… c’est ensemble qu’ils ont joint leurs solitudes.

sexualité amour et vie sexuelle

L’an dernier, Jean-Noël a demandé Marcelle en mariage : il était debout, il a pris sa main «  je t’aime beaucoup, Marcelle, tu sais ». Et puis pour la première fois de sa vie, Jean-Noël s’est lancé : « et si on se mariait ? ». Elle a dit oui, mais ses enfants ont très mal réagi. « Tu as vu l’âge que tu as, maman ? Tu es trop vieille, et lui aussi ». Marcelle raconte « on a tout de même fait une petite cérémonie chez le cousin de Jean-Noël qui est prêtre. Et je l’ai caché à mes enfants … ».

Marcelle et Jean-Noël c’est un peu la métaphore d’un grand tabou social : l’amour et la sexualité des grands âges. Pas le doit d’aimer quand on a 70 ans et encore mois de s’aimer… Dans les maisons de retraite, cette question suscite au mieux de la gène, au pire le déni. Et pour cause, dans l’imaginaire collectif, une personne qui vieillit n’a plus de désir et n’est plus désirable.

Des initiatives pour préserver la vie sexuelle en Ehpad

En septembre dernier, Eric Seguin, jeune directeur du syndicat intercommunal à vocation unique des rives de l’Elorn (SIVU) et bien connu dans le milieu, a initié une formation inédite pour son personnel, sur la vie intime en Ehpad. La démarche a été salué par la Fondation de France. « Une personne âgée ce n’est pas un objet de soins, grimace-t-il. Pourquoi devrait-on tirer un trait sur notre vie affective quand on entre en maison de retraite ? » s’indigne t’il.

Tendresse et amour très prédominant

« 95 % des seniors qui entrent en Ehpad, le font contre leur volonté » reprend Eric Seguin. Et elles y restent jusqu’à la fin, d’où l’importance des gestes de tendresse et de la prise en compte des besoins émotionnels et psychologiques en Ehpad. Cela est d’autant plus vrai quand on sait que dans 10 ans il nous faudra accueillir des soixante-huitards ou des homosexuels, qui auront une approche beaucoup plus libérée.

Des distributions de préservatifs

Déjà en 1970, Simone de Beauvoir affirmait : «  la personne âgée se plie à l’idéal qui lui est proposé… ses désirs même lui font honte et elle les nie.»
Dans neuf cas sur di, j’ai réalisé qu’elles ne décident jamais pour elles, reprend Eric Seguin. Les soignants et les familles le font leur place. Alors dans ce contexte, toutes idées sont bonnes à prendre pour défricher le terrain.

À l’Ehpad de Pouldreuzic, la directrice distribue depuis deux ans des préservatifs chaque 1er décembre, pour la Journée mondiale de la lutte contre le sida. Elle donne aussi et depuis peu, des petits cartons « Do not disturb », comme à l’hôtel. « Deux couples se sont déjà formés », se réjouit-elle